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Récits de terrain 6 min de lecture

Fabriquer l'enclos de Gaston et Philippe avec des jeunes accompagnés : quand construire devient la séance

Jennifer De Groeve
Fabriquer l'enclos de Gaston et Philippe avec des jeunes accompagnés : quand construire devient la séance

Et si un simple projet de bricolage devenait un véritable support de médiation animale ? Cet été, j'ai proposé à un groupe d'adolescents accompagnés un projet un peu particulier : construire un enclos transportable pour Gaston et Philippe, mes deux cochons d'Inde. L'idée de départ était simple. Leur permettre de découvrir différents environnements dans un espace sécurisé, adapté à leurs besoins, tout en associant les adolescents à sa réalisation.

Mais ce qui devait être un projet de construction est vite devenu bien plus que cela. Un objectif concret, visible, utile, qui a donné du sens aux séances.

Partir des besoins des animaux

Avant de commencer, nous avons échangé autour des besoins des cochons d'Inde. Pourquoi ils ont besoin de cachettes. Comment leur permettre d'explorer sans les mettre en difficulté. Quel matériel pour fabriquer un espace réellement adapté. Gaston et Philippe sont arrivés chez moi fin juin 2026, à trois ou quatre mois, et sont en séance depuis la fin du mois d'août. Philippe, à poil ras marron et blanc, est très curieux, vient de lui-même au contact et vocalise énormément, mais n'aime pas être porté. Gaston, à poils longs, est plus réservé au départ et vocalise moins ; une fois la confiance installée, il tolère la proximité contenante. Penser l'enclos, c'était d'abord penser à eux.

Puis nous sommes allés dans un magasin de bricolage pour rechercher et choisir le matériel. Cette sortie faisait déjà partie de l'accompagnement : se repérer, comparer, prendre des décisions, échanger et avancer ensemble vers un objectif commun.

Un adolescent assemble des panneaux de bois pour fabriquer un enclos, un outil à la main

Quand le projet permet d'aborder une peur autrement

C'est à ce moment-là qu'une autre dimension a pris toute sa place. Parmi les adolescents, l'un d'eux présentait une peur importante des chiens. La présence de mon chien pouvait mobiliser une grande partie de son attention et provoquer une certaine vigilance.

L'objectif n'était évidemment pas de le confronter à sa peur, encore moins de lui imposer un contact. Nous avons respecté sa distance et ses possibilités, tout en maintenant une activité concrète sur laquelle il pouvait se concentrer. Pendant la sortie, il avait une mission : participer à la recherche du matériel pour construire l'enclos.

Progressivement, son attention s'est davantage portée sur ce que nous faisions ensemble. Puis il a commencé à poser des questions, à observer le chien, à s'intéresser aux animaux. Sa vigilance semblait moins présente. Ce n'était pas une peur disparue, ni un problème résolu. C'était une expérience différente, dans laquelle il pouvait évoluer à sa manière, sans que le chien soit au centre de ses préoccupations. C'est aussi tout l'intérêt de la médiation animale : le détour par une activité partagée permet d'ouvrir une relation autrement.

Des initiatives qui émergent au fil du projet

De retour à la construction, chacun a participé à sa manière. Certains se sont rapidement investis dans le bricolage, le collage, le clouage, l'assemblage des différents éléments. D'autres étaient beaucoup moins motivés au départ. Certains préféraient observer. D'autres semblaient peu intéressés.

Et pourtant, au fil du projet, des initiatives sont apparues. Un participant qui ne semblait pas particulièrement intéressé a finalement exprimé spontanément l'envie de participer à la peinture. D'autres ont trouvé leur place dans le bricolage sans qu'il soit nécessaire de les solliciter.

Ces moments sont précieux. Ils montrent que le fait d'avoir un objectif réel, visible et utile peut modifier l'engagement d'une séance. Il ne s'agissait plus de réaliser un exercice avec l'adulte, mais de contribuer à quelque chose qui allait vraiment servir.

Deux personnes portent et ajustent un grand caisson en bois posé sur une table
L'assemblage du caisson, étape par étape.

Un projet qui rassemble aussi l'équipe éducative

Cette construction a également permis de partager un intérêt commun avec les professionnels présents. Le bricolage, les ajustements, les échanges autour du matériel et de l'organisation ont créé d'autres occasions de communiquer et de coopérer. Chacun pouvait apporter quelque chose, donner son avis, participer selon ses possibilités.

L'équipe éducative n'était plus uniquement présente pour accompagner : elle partageait aussi ce projet avec les jeunes. Cette dynamique collective a enrichi les séances en créant des occasions d'interactions spontanées autour d'un but partagé. Dans mon travail, rien ne se fait sans l'équipe ; ce chantier en a été une illustration directe.

La fierté de voir son travail prendre vie

Puis est arrivé le moment tant attendu : la première utilisation de l'enclos. Gaston et Philippe ont pu découvrir un nouvel environnement dans un espace préparé pour eux, avec la possibilité de se déplacer, de se cacher ou simplement de ne pas interagir avec l'humain.

Ce moment donnait tout son sens au travail réalisé. L'enclos n'était plus un assemblage de matériaux. Il devenait un espace utile, pensé pour le bien-être de ces deux animaux. Et pour moi, la satisfaction de pouvoir enfin les emmener et les présenter en sécurité grâce à cette réalisation. L'occasion aussi de valoriser l'investissement des participants, de leur montrer que cette activité avait permis quelque chose de concret.

L'enclos transportable terminé, posé en extérieur, avec un cochon d'Inde à l'intérieur et des accessoires
L'enclos en service : un cochon d'Inde découvre son nouvel espace.

Cette petite taille des cochons d'Inde rassure souvent les personnes impressionnées par le chien. Elle invite à ralentir le geste, à observer. L'enclos transportable permet justement de leur offrir cet espace sécurisé dans des lieux variés.

L'animal au cœur, pas forcément au centre

Encore une fois, la médiation animale ne se limite pas à caresser un animal. Ce projet m'a confortée dans une conviction : l'animal n'a pas besoin d'être au centre de chaque activité pour être au cœur de l'accompagnement.

Réfléchir à ses besoins, fabriquer un espace pour lui, coopérer, dépasser certaines appréhensions, prendre des initiatives, découvrir qu'on est capable de contribuer à un projet utile : tout cela fait partie du travail. Avec ces adolescents, l'objectif concret a permis une autre dynamique. Il a mobilisé des personnes parfois peu réceptives aux propositions habituelles et fait émerger des compétences qui ne s'expriment pas toujours spontanément.

Finalement, nous avons construit un enclos pour Gaston et Philippe. Mais nous avons surtout créé des occasions d'oser, de coopérer, de se découvrir autrement et d'être fiers de ce qu'on réalise. C'est précisément ce que j'aime dans mon métier : voir comment un projet pensé autour du bien-être peut devenir une expérience humaine et riche.

Travailler ensemble en Moselle

Je suis Jennifer De Groeve, praticienne certifiée en médiation animale, aide-soignante diplômée avec plus de vingt ans dans le soin et l'accompagnement, formée à l'IFZ. Je suis basée à Vigny (57420) et j'interviens à domicile comme en structure (EHPAD, IME, ITEP, foyers, écoles, bibliothèques) à Metz, Thionville et dans toute la Moselle, ponctuellement jusqu'à Nancy. La séance individuelle est à 60 € HT, déplacement inclus en Moselle ; les groupes et structures sont sur devis. Le premier échange téléphonique est gratuit et sans engagement, et je propose une évaluation en fin de séance ou de cycle.

Jennifer De Groeve

Zoothérapeute certifiée IFZ — Moselle (57)

Praticienne en médiation animale depuis plusieurs années, Jennifer intervient auprès de tous les publics avec Tips, Uxo, Tap-Tap, Gaston et Philippe. Elle partage ici ses observations de terrain et ses réflexions sur le métier.

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