Quand on assiste à une séance de médiation animale, on a tendance à ne voir qu'une chose : l'heure de travail, l'heure de présence. Ce qu'on voit beaucoup moins, c'est tout ce qui permet à cette heure-là d'exister.
Je le dis souvent : une séance ne commence pas quand j'arrive, et elle ne finit pas quand je pars. L'accompagnement est bien plus large que ça.
Chaque séance est conçue, jamais sortie d'un catalogue
À chaque intervention, il y a d'abord un travail de conception. Il n'existe pas de séance toute faite chez moi, ni de catalogue d'activités dans lequel j'irais piocher. Chaque atelier est créé et adapté en fonction de trois choses : les objectifs définis avec l'équipe ou la famille, les capacités des personnes accompagnées, et ce que j'ai pu observer lors des séances précédentes.
Je prépare aussi mes propres outils. Mes supports pédagogiques, mes jeux, mes exercices, mes parcours, mes fiches d'observation, mon matériel : je conçois à peu près tout. Chaque outil répond à un objectif précis et s'intègre dans une progression réfléchie. Ce n'est pas de la décoration, c'est ce qui donne sa direction à la séance.
Mes animaux aussi sont préparés
Il y a un point sur lequel je veux insister, parce qu'on l'oublie presque toujours : les animaux sont préparés aux séances, eux aussi. Je ne laisse pas de place à l'improvisation pour eux. Je ne les mettrai pas dans une situation qui pourrait leur sembler inconfortable.
Tips, mon finnois de Laponie, Uxo, mon berger américain miniature, et Tap-Tap, mon lapin bélier, sont donc constamment en apprentissage. Je leur apprends régulièrement de nouveaux exercices, dans de nouveaux environnements, face à de nouvelles situations. L'idée, c'est de continuer à développer leurs compétences tout en les aidant à rester confiants et sereins.
Entre deux interventions, je poursuis leur éducation, j'entretiens leurs acquis, et je prépare progressivement les séances suivantes pour ne pas les placer devant des situations qu'ils ne connaissent pas.
Et puis, comme nous, ils accumulent de la fatigue et des tensions émotionnelles. Il faut prendre le temps de les décharger et de leur laisser retrouver un équilibre avant chaque intervention. Le bien-être animal n'est pas un supplément d'âme : c'est une condition indispensable à la qualité des séances.
Une fois la séance terminée, un autre travail commence
Quand je repars, il reste les comptes rendus. Après chaque séance, je reprends mes observations : les réactions que j'ai analysées pendant l'intervention, les interactions avec les animaux, les difficultés rencontrées, les progrès observés.
Tous ces éléments me permettent de mesurer l'évolution de chaque personne et d'ajuster la suite de l'accompagnement. Ils permettent aussi aux équipes de conserver une trace de ce qui a été fait et de ce qui a été observé, et donc de favoriser une vraie continuité dans l'accompagnement. Un compte rendu, ce n'est pas de la paperasse : c'est ce qui fait qu'une séance parle à la suivante.
Je ne travaille jamais seule
Prendre le temps d'échanger avec les professionnels fait partie du travail. Les éducateurs, les soignants, les psychologues, les ergothérapeutes, et plus largement les référents qui connaissent le quotidien de la personne.
En partageant nos observations, on affine les objectifs, on adapte les interventions, et on construit un accompagnement cohérent. C'est peut-être cette capacité d'adaptation, justement, qui donne du sens au suivi. Après plus de vingt ans comme aide-soignante, je sais à quel point une information partagée entre deux professionnels change la façon dont on accompagne quelqu'un.
La partie visible de l'iceberg
L'intervention ne se limite donc pas au temps de présence avec les animaux. Elle comprend la préparation, la création des outils, l'entraînement des animaux, la rédaction des comptes rendus, la coordination avec les équipes, et déjà la préparation de la séance suivante.
Tout ce travail est invisible. Mais c'est lui qui permet un accompagnement individualisé et structuré, plutôt qu'une visite sympathique.
Quand une séance individuelle est facturée 60 euros, déplacement inclus en Moselle, ce n'est pas une heure de présence qui est payée : c'est tout ce qui l'entoure.
Notre temps de présence, la séance elle-même, ce n'est que la partie visible de l'iceberg. Tout ce qui se passe autour est discret, presque invisible, mais c'est ce qui donne sa valeur à l'accompagnement.