Commençons par quelques phrases que j'entends vraiment. Les animaux guérissent. Grâce à votre chien, il n'y aura plus besoin de médicaments. La médiation animale, c'est une alternative aux soins.
Même si ces affirmations partent souvent d'une bonne intention, elles sont fausses. Et surtout, elles sont dangereuses.
Ma pratique n'a jamais eu vocation à remplacer un médecin, un psychologue, un infirmier, un kinésithérapeute, et encore moins un traitement médical. Elle vient en complément. C'est précisément pour cette raison qu'elle trouve aujourd'hui sa place auprès des équipes, dans des établissements de santé ou des structures médico-sociales. Non pas parce qu'elle soigne, mais parce qu'elle vient soutenir les professionnels et leur travail.
Mon parcours de soignante m'a appris qu'il n'y a pas de miracle
J'ai exercé plus de vingt ans comme aide-soignante diplômée avant de fonder JD Zoothérapie. Ces années m'ont appris une chose essentielle : il n'existe pas de miracle. Chaque professionnel possède ses compétences, et chaque métier a ses limites. C'est justement parce qu'on travaille ensemble qu'on accompagne mieux les personnes. C'est cette vision-là que je défends.
Concrètement, je ne suis pas là pour poser un diagnostic, modifier un traitement ou promettre une guérison. Et je n'encourage jamais quelqu'un à arrêter son suivi psychologique ou médical, parce que ce n'est pas mon rôle.
Ce que je peux faire, en revanche
Je peux créer des conditions favorables à l'accompagnement. Ce n'est pas rien, et c'est très concret.
La présence de l'animal peut aider certaines personnes à faire baisser leur niveau d'anxiété. Elle peut favoriser l'entrée dans la communication quand celle-ci est difficile. Elle peut soutenir la motivation à participer à une activité. Elle peut aussi encourager le mouvement : lancer une balle, c'est aider le travail du kinésithérapeute sur le geste. Se lever et marcher avec l'animal, c'est pareil. L'expression des émotions en effet miroir avec le chien facilite parfois la mise en mots. Et il y a tout ce qui touche à l'attention et à la confiance en soi.
Chez une personne vivant avec la maladie d'Alzheimer, on fait souvent émerger des souvenirs. Cela peut susciter un sourire, faciliter les échanges. Pour un adolescent en difficulté, l'animal permet une entrée en relation progressive. Et chez une personne en situation de handicap, il constitue un levier supplémentaire pour travailler certains objectifs.
Ce n'est pas l'animal qui soigne
Il y a une chose qu'il faut rappeler, parce qu'elle est au cœur du métier. Ce n'est pas l'animal qui soigne. Ce n'est pas le chien qui fait disparaître l'anxiété.
L'animal, lui, est un médiateur. Il facilite la rencontre. Il crée un contexte particulier, favorable, qui engage la personne autrement. Ce qui donne du sens à l'intervention, c'est la démarche d'accompagnement construite autour de cette relation. Pas la présence de l'animal en elle-même.
C'est pour ça qu'il faut toujours travailler en lien avec les équipes qui accompagnent la personne : définir ensemble les objectifs, partager les observations, et s'appuyer sur les comptes rendus pour suivre l'évolution.
Un outil de plus, jamais un substitut
Mon accompagnement prend toute sa valeur quand il s'intègre dans un projet d'accompagnement global. Les recommandations actuelles sur les interventions non médicamenteuses vont d'ailleurs dans ce sens : elles sont pensées comme des approches complémentaires qui viennent enrichir un accompagnement, jamais comme des substituts aux soins ou aux traitements.
La nuance est essentielle. Elle protège les personnes accompagnées. Elle respecte les compétences de chaque professionnel. Et je crois qu'elle garantit une pratique éthique de la médiation animale, dans l'esprit de la charte de déontologie à laquelle je me réfère.
On ne cherche pas à remplacer le soin. On cherche à lui apporter un outil supplémentaire. Un outil qui crée du lien, qui redonne envie d'essayer, et qui ouvre parfois une porte qui semblait fermée.
Alors non, je ne promettrai jamais qu'un animal va guérir quelqu'un. Mais je crois profondément qu'il peut parfois lui redonner l'envie d'avancer. Et cette différence-là, elle est essentielle.