Je viens de passer l’ACACED. L’Attestation de Connaissances pour les Animaux de Compagnie d’Espèces Domestiques. Sur le papier, c’est une formalité. Dans les faits, c’est un sujet qui me tient à cœur depuis un moment, parce qu’il touche à quelque chose de fondamental dans mon métier : qui a le droit de travailler avec des animaux auprès de publics fragiles ? La réponse devrait être simple. Elle ne l’est pas du tout.
Le flou qui arrange tout le monde
Je reçois régulièrement des messages et des appels de personnes qui veulent se lancer en médiation animale. Leur raisonnement est souvent le même : mon chien est gentil, les gens l’adorent, donc je vais en faire mon métier. Je comprends l’envie. Je la respecte. Mais ça ne s’invente pas.
Ce n’est pas avec n’importe quel animal qu’on peut travailler, et ce n’est pas parce qu’un chien est sociable qu’il est capable d’accompagner une personne atteinte d’Alzheimer ou un enfant porteur de TSA.
Le problème, c’est que ces personnes qui se lancent sans formation, sans certification, sans avoir investi dans l’éducation spécifique de leur animal, vont pratiquer moins cher. Normal : elles n’ont rien investi. L’ACACED, ça a un coût. L’animal, ça a un coût. L’éducation de l’animal, ça a un coût. Toutes les réglementations qui sont autour, ça a un coût. Et quand on respecte tout ça, on ne peut pas demander 30 euros pour une séance.
Ce n’est pas une question de concurrence commerciale. C’est une question de sécurité pour les publics accompagnés, et de crédibilité pour une profession qui se bat encore pour être reconnue.
L’ACACED, c’est quoi exactement ?
L’ACACED est obligatoire pour toute personne qui présente des animaux de compagnie d’espèces domestiques au public dans un cadre professionnel. Chiens, chats, NAC (lapins, cobayes, furets). La seule exception concerne les toiletteurs. Exercer sans cette attestation, c’est s’exposer à une amende de 7 500 euros.
Et aujourd’hui, la règle est claire, même si pendant longtemps les discours ont varié selon les organismes. J’ai choisi de la passer pour lever le flou. Pour être tranquille, pour être en règle, et aussi (je dois l’avouer) pour vérifier où j’en étais après trois ans de pratique.
Ce que la formation m’a apporté
L’ACACED couvre les fondamentaux : réglementation, génétique, reproduction, comportement, habitat, erreurs à éviter. C’est une formation dense, avec un examen aux questions parfois floues. Je l’ai vécue comme une piqûre de rappel, beaucoup de choses que j’avais déjà vues pendant ma formation de praticienne en médiation animale, mais qu’il était bon de revoir.
Est-ce que ça a changé ma pratique ? Non. Parce que je faisais déjà les choses correctement. Mais ça m’a rassurée sur ma relation avec mes animaux (Tips, Uxo et Tap-Tap) et sur le cadre dans lequel j’exerce.
Ce que l’ACACED ne t’apprend pas
Et c’est là que ça devient important : l’ACACED fait partie du cadre légal, mais elle ne remplace ni l’expérience, ni la formation en médiation animale, ni la posture professionnelle. Elle ne t’apprend pas à observer un chien en séance. Ni à lire les signaux d’un animal en interaction avec une personne fragile. Ni à adapter une activité en temps réel quand le bénéficiaire décroche ou que l’animal montre des signes de fatigue.
Il y a une différence immense entre avoir un animal gentil et travailler avec un animal. Quand on fait ce métier, l’animal devient un partenaire, pas un outil. L’idée, c’est de savoir lire ses signaux, respecter ses limites, adapter le cadre. Sans ça, on peut vite commettre des erreurs, même avec les meilleures intentions du monde.
La double compétence qu’on ne peut pas improviser
Je reçois aussi des appels de personnes qui n’ont aucun lien avec le monde médical ou social. Elles aiment les animaux, elles veulent aider les gens, et elles pensent que ça suffit. Je ne dis pas que leur motivation est mauvaise. Je dis que ce métier demande un équilibre : une connaissance de l’espèce avec laquelle on travaille, et une connaissance du public qu’on accompagne.
Moi, j’ai vingt ans d’expérience dans le soin et l’accompagnement humain derrière moi. Je connais les EHPAD, les IME, les foyers. Je sais ce qu’est un trouble du comportement, une phase de sundowning, un enfant en crise. Et j’ai passé une formation certifiante à l’IFZ pour apprendre à faire le pont entre ce monde-là et mes animaux.
L’un sans l’autre, ça ne fonctionne pas. Un excellent éducateur canin qui n’a jamais travaillé avec des publics vulnérables n’est pas un zoothérapeute. Un soignant passionnée par les chiens qui n’a pas été formée à la médiation animale non plus. C’est cet équilibre qui fait la compétence. Et c’est ce qui protège à la fois les personnes accompagnées et les animaux qui travaillent avec nous.
Si vous vous posez des questions sur la médiation animale, que ce soit pour en bénéficier ou pour vous y former, un premier échange permet souvent d’y voir plus clair.