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Idées reçues 4 min de lecture

Pourquoi je refuse certaines demandes (et ce que ça dit du métier)

Jennifer De Groeve
Pourquoi je refuse certaines demandes (et ce que ça dit du métier)

Oui, il m'arrive de refuser des demandes. Et je tiens à le dire clairement, parce que ce n'est pas évident à entendre quand on est de l'autre côté : ce n'est jamais un manque d'envie, ni un refus d'aider.

Si je dis non, c'est parce qu'à mon sens un accompagnement doit rester sécurisant. La sécurité des personnes accompagnées et de mes animaux, c'est primordial. Une séance doit rester constructive et respectueuse, sinon elle n'a pas de sens.

Une image fausse, mais tenace

On a souvent l'image d'un métier qui consisterait à mettre un animal au contact d'une personne et à attendre que quelque chose de magique se passe. Comme je le réponds toujours : ce n'est pas ça.

L'idée, c'est qu'il y ait toujours un cadre, des objectifs, une lecture des besoins, et une attention permanente à la sécurité comme au respect de l'animal. Dire non, c'est faire preuve de professionnalisme. C'est éviter de mettre une personne ou un animal en difficulté, de surcharger un groupe, ou de placer un animal dans une situation qu'il ne pourra pas gérer.

Pour que ce soit concret, voici trois situations où j'ai refusé.

Quand le groupe est trop grand

L'un de mes plus gros refus, c'est quand le groupe est trop important. On a déjà voulu me faire intervenir auprès d'une dizaine de personnes en même temps. On pourrait se dire : plus il y a de bénéficiaires, mieux c'est. En réalité, pas du tout. Ça ne fonctionne pas.

Dix personnes autour d'un animal, c'est beaucoup trop, surtout avec des profils fragiles ou des besoins spécifiques. Ça devient vite ingérable.

Je repense à une situation, tout au début de mon activité, où j'avais accepté une intervention dans une résidence autonomie sans bien savoir où j'allais. Mon chien était fatigué, et je me suis retrouvée avec quelqu'un qui a pris mon lapin pour le présenter aux gens parce que ça n'allait pas assez vite à son goût. On se retrouve alors avec des personnes qui ne font rien et d'autres qui font tout, on ne peut plus rien observer, on ne peut plus garantir le lien, ni assurer la sécurité des animaux et des participants.

Pour moi, une séance réussie, ce n'est absolument pas ça. Même en groupe, je veux que chacun puisse vivre quelque chose de lisible et d'adaptable. Cette erreur de débutante, je ne la regrette pas : il faut parfois se tromper pour comprendre ce qu'on veut faire, et ce qu'on ne veut plus faire.

Quand le cadre humain n'est pas assez sécurisant

J'ai aussi déjà refusé une situation où un enfant avec un TDAH devait intégrer un groupe, mais sans référent disponible pour l'accompagner.

Attention : il ne s'agissait surtout pas de dire que cet enfant ne pouvait pas être accompagné. Au contraire, je pense que ça aurait eu beaucoup de sens dans un cadre individuel. Mais pas dans ces conditions-là.

Dans ce cas précis, l'équipe n'arrivait pas à tenir une posture suffisamment cadrante, et il était impossible d'ajouter un référent. L'enfant se mettait lui-même en difficulté, mettait mes animaux en difficulté, et le groupe aussi. C'était injuste pour les autres participants, et pas sécuritaire pour mes animaux. Alors j'ai refusé.

Quand la personne n'a pas d'attrait pour l'animal

Il y a un dernier cas, plus surprenant. La médiation animale est un accompagnement qui repose sur le volontariat. Et il m'est arrivé d'avoir en séance une personne pour qui cela semblait pourtant être une bonne idée, sauf qu'elle n'aimait pas les animaux.

C'est essentiel à comprendre : cet accompagnement ne fonctionne que s'il fait sens pour la personne. Si elle n'a pas envie d'être en lien avec l'animal, ça crée du stress, du rejet, de l'inconfort, et tout devient compliqué.

On ne force pas quelqu'un à aimer un animal. Et on ne force pas non plus un animal à créer du lien avec quelqu'un qui n'en a pas envie. Dans ces cas-là, je préfère être honnête et orienter vers un autre accompagnement, plus adapté.

Dire non, c'est protéger le métier

C'est difficile de dire non, parce qu'on a toujours envie de travailler. Mais refuser certaines demandes, c'est protéger le sens même de l'intervention et éviter de créer une mauvaise expérience.

Dire non, c'est protéger un accompagnement qui est censé être pensé, adapté, sécurisé et construit autour d'objectifs clairs. C'est protéger la personne accompagnée, le groupe, et l'animal. Et au fond, c'est ce qui distingue un vrai métier d'une simple animation.

Jennifer De Groeve

Zoothérapeute certifiée IFZ — Moselle (57)

Praticienne en médiation animale depuis plusieurs années, Jennifer intervient auprès de tous les publics avec Tips, Uxo et Tap-Tap. Elle partage ici ses observations de terrain et ses réflexions sur le métier.

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