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Méthode 5 min de lecture

Un bon chien médiateur, c'est un chien capable de dire non

Jennifer De Groeve
Un bon chien médiateur, c'est un chien capable de dire non

En médiation animale, on parle beaucoup du consentement de la personne accompagnée. C'est normal, c'est essentiel. Mais il y a un consentement dont on parle beaucoup moins : celui de l'animal. Moi, Jennifer De Groeve, zoothérapeute certifiée en Moselle, j'en ai fait un pilier de ma pratique. Parce qu'un chien, parfois, n'a tout simplement pas envie. Et ça, il faut savoir l'entendre.

On oublie facilement que l'animal a, lui aussi, le droit de dire non. Comme si, parce qu'il est là pour travailler, son avis comptait moins. Je pense exactement l'inverse. Un bon chien médiateur, justement, c'est un chien capable de dire non.

L'animal n'est pas un outil

Je le répète souvent, parce que c'est le cœur de tout : mes chiens ne sont pas des outils. Ce sont des partenaires. Tips, mon finnois de Laponie, Uxo, mon berger américain miniature, et même Tap-Tap, mon lapin bélier, ne sont pas du matériel que je sors d'une mallette pour produire un résultat. Ce sont des êtres vivants, doués de sensibilité, avec leurs limites, leur fatigue et leurs mauvais jours.

À partir du moment où on voit l'animal comme un partenaire, tout change. On ne se demande plus seulement : « Est-ce que la séance avance ? » On se demande aussi : « Est-ce que Tips est encore d'accord pour être là, maintenant ? » Être attentive à leur état émotionnel, à leur disponibilité, à leur envie ou à leur fatigue à un instant précis, ça fait partie du métier autant que d'accompagner la personne.

Je ne demande pas, j'observe

Évidemment, je ne vais pas demander à Tips s'il est d'accord. Le consentement de l'animal, ça ne s'évalue pas avec des mots, ça se lit dans le corps. Et c'est tout un apprentissage. Ma formation à l'Institut de Formation en Zoothérapie m'avait donné les bases, mais c'est la pratique, séance après séance, qui m'a vraiment appris à lire mes chiens.

La posture, le regard, les déplacements, la respiration, la position des oreilles, sa manière de se tenir, d'aller spontanément vers les jambes d'une personne ou pas du tout : tout est information. Un chien qui s'installe, détendu, qui vient chercher le contact, me dit qu'il est disponible. Un chien qui se fige, qui hésite, me dit autre chose.

Les signaux qui disent « pas maintenant »

Il y a des signaux qu'on apprend à repérer. Un chien qui détourne la tête, qui détourne le regard, qui se lèche les babines ou qui bâille de façon répétée, ce n'est pas un chien fatigué qui s'ennuie. C'est un chien qui cherche à éviter le contact, qui n'est pas à l'aise avec la personne présente à ce moment-là. Ce sont des signaux d'apaisement, sa façon à lui de dire qu'il préférerait que ça s'arrête.

Je prends souvent l'exemple de Tips. C'est un chien qui accepte énormément de choses. Il ne va pas grogner, il ne va pas fuir. Mais il va montrer, à sa manière, qu'il n'est pas d'accord, plutôt que de le faire quand même en se forçant. Et c'est précisément parce que ses signaux sont discrets qu'il faut être vigilant. Je ne pense pas qu'il faille attendre qu'un animal soit vraiment en difficulté pour réagir. Au contraire : savoir s'arrêter avant, c'est pour moi un vrai gage de sérieux dans ce métier.

Un cadre qui laisse le choix

Respecter le consentement, ce n'est pas qu'une question d'observation. C'est aussi une question de cadre. C'est un parti pris : je laisse toujours mes chiens en liberté pendant mes séances, et je leur laisse toujours la possibilité de s'éloigner. L'idée n'est pas de les lâcher pour qu'ils fassent n'importe quoi. C'est de leur donner un vrai choix.

Concrètement, j'installe un espace que j'appelle leur « chambre » : une petite zone délimitée par une barrière, où chacun est libre d'aller se mettre au calme s'il en a besoin. Et la règle est claire pour tout le monde : cet espace est interdit aux personnes. C'est le territoire du chien, son refuge. J'ai aussi fabriqué des panneaux « laisse-moi dormir », parce que le repos des animaux pendant une séance est primordial, et que veiller dessus fait partie de mon rôle. Un animal qui sait qu'il peut se retirer quand il veut est un animal qui travaille en confiance.

Ce que le refus apprend à la personne

Et puis il y a quelque chose que j'ai compris avec le temps : ne pas forcer l'animal, ça ouvre un travail vraiment intéressant pour la personne accompagnée. Quand un chien vient de lui-même vers quelqu'un, il y a une valorisation réelle : la personne sent qu'elle a été choisie. Et quand le chien n'est pas disponible tout de suite, ça apprend la patience, ça apprend à gérer la frustration, ça apprend le respect de l'autre.

L'objectif n'est jamais de provoquer le contact à tout prix. C'est de créer une rencontre. Pour ça, il faut connaître son animal, vraiment. Savoir ce qui le met à l'aise et ce qui le gêne, reconnaître sa façon à lui de dire oui et de dire non.

Au fond, c'est tout le paradoxe de ce métier : le meilleur médiateur, ce n'est pas l'animal qui obéit à tout. C'est celui à qui on a laissé le droit de refuser. Si vous vous interrogez sur la médiation animale, pour vous ou pour un proche, un premier échange permet souvent d'y voir plus clair.

Jennifer De Groeve

Zoothérapeute certifiée IFZ — Moselle (57)

Praticienne en médiation animale depuis plusieurs années, Jennifer intervient auprès de tous les publics avec Tips, Uxo et Tap-Tap. Elle partage ici ses observations de terrain et ses réflexions sur le métier.

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